attachements

Les amitiés adultes sont moins fusionnelles que celles de l’enfance : actives, dormantes ou commémoratives, elles se vivent souvent à distance ou de loin en loin, entre deux tâches quotidiennes. Certaines études montrent que la capacité d’amis à parler le même langage et se faire deviner des mots grâce à des références communes aide à prédire la longévité d’une amitié (jouez à Code names !).
De plus en plus de relations s’entretiennent en ligne et deviennent narratives : je te raconte ma vie, tu me racontes la tienne, mais nous ne vivons rien ensemble.

Saying “Happy Birthday” on Facebook, faving a friend’s tweet—these are the life support machines of friendship. They keep it breathing, but mechanically.

Friendships are active if you are in touch regularly, you could call on them for emotional support and it wouldn’t be weird, if you pretty much know what’s going on with their lives at this moment.
A dormant friendship has history, maybe you haven’t talked in a while, but you still think of that person as a friend. You’d be happy to hear from them and if you were in their city, you’d definitely meet up.

L’artiste Nastja Säde Rönkkö (en résidence à Londres pendant six mois sans Internet) constate que les lettres manuscrites confèrent à ses propos une intimité et une incarnation qui créent une voix différente, presque comme un journal intime dans lequel les confidences deviennent plus faciles. (L’écriture manuscrite est une émanation unique de soi et même dans une famille, de subtiles différences suffisent à identifier les fraudeurs qui tentent de se faire passer pour quelqu’un d’autre : il est impossible d’écrire deux fois son nom de la même exacte façon dans une vie).

"Writing letters takes time, it’s actually really slow and quite physical too. We don’t really use those muscles anymore.”


De qui et de quoi prenons nous soin en imaginant pouvoir porter sur nous la petite marge d'amélioration encore possible du monde ? Le self-care tel qu’il est vendu et seriné partout est une façon de se raconter une histoire consolante au lieu de défier les logiques du monde (c’est donc un levier d’exploitation) :

The harder, duller work of self-care is about the everyday, impossible effort of getting up and getting through your life in a world that would prefer you cowed and compliant. A world whose abusive logic wants you to see no structural problems, but only problems with yourself, or with those more marginalized and vulnerable than you are. Real love, the kind that soothes and lasts, is not a feeling, but a verb, an action.



Donna Haraway écrit sur l’importance de parler la même langue pour réfléchir (et progresser) ensemble, même si cela requiert d’aménager un peu ses concepts. Le monde est défini par des actions en train de se faire, de l’incarner, de créer des relations et des temporalités spécifiques dans lesquelles, à partir de ce qui existe, on peut jouer à imaginer autre chose. C’est de cet espace de jeu dont nous avons besoin.

People like me say, “No thank you: it’s relationality all the way down.” You don’t have units plus relations. You just have relations. You have worlding. The whole story is about gerunds — worlding, bodying, everything-ing. The layers are inherited from other layers, temporalities, scales of time and space, which don’t nest neatly but have oddly configured geometries. Nothing starts from scratch. But the play — I think the concept of play is incredibly important in all of this — proposes something new, whether it’s the play of a couple of dogs or the play of scientists in the field. 

There is a strategic use to speaking the same idiom as the people that you are sharing the room with. You craft a good-enough idiom so you can work on something together. I won’t always insist on what I think might be a stronger apparatus. I go with what we can make happen in the room together. And then we go further tomorrow.

Gordon Hempton enregistre le son du silence (qui est en fait seulement une discrétion humaine, dans des espaces où ce sont les oiseaux, le vent, les ruisseaux et les bêtes qui s’expriment.)

"I think what I like most about listening is that I disappear."

Insolite

Les applications de rencontre et les échanges brefs qui en résultent créent de nouveaux mots : on peut être ghostée, zombiée, orbitée, targetée. | “I tell you this to break your heart, by which I mean only that it break open and never close again to the rest of the world.” Mary Oliver | Audre Lorde : “self care is not self-indulgence—it is self-preservation, and that is an act of political warfare.” | En 1979, Nobuyuki Siraisi a dessiné la carte du métro new-yorkais en empruntant chaque ligne de bout en bout et les yeux fermés. Il retranscrit les courbes des virages ressentis dans un carnet. | Dans les années 80, parmi les jeunes filles preppies s’est répandue la tendance du "add-a-bead-necklace", offert à la naissance, auquel on ajoute une perle (de culture, de jade, etc.) à chaque évènement de la vie. | Plusieurs Sourds de naissance, une fois appareillés, ont été déçus de constater que le soleil ne faisait pas de bruit. |